Juliette Lambert, de la ligne au plat, il n'y a qu'un trait

L'univers de Juliette est à la fois précis, poétique et onirique. Sens du détail et aplats de couleur font la patte de cette artiste touche-à-tout qui mêle sans complexe design, illustration, photographie et gastronomie. Questions de points de vue avec celle qui se cache derrière "Ligne à plat" ou "Ligne aplat" sur Instagram


Crédit photo © : Juliette Lambert


Quel est ton parcours ? Que fais-tu dans la vie ? Tes illustrations s’inspirent beaucoup de l’univers culinaire et de la nature, des fruits, des légumes, des fruits de mer. Comment en es-tu arrivée à dessiner ce qui se mange ? As-tu vécu ou créé des expériences mêlant art et gastronomie ?


Mon parcours est assez pluridisciplinaire. Je suis passée par plusieurs chemins mais j’ai toujours gardé comme lignes directrices l’art et la gastronomie. Je me suis formée à l’art, l’architecture d’intérieur et au design, par différentes écoles. Tout d’abord à L’Atelier de Sèvres, puis au Chelsea College of Art and Design à Londres, puis à l’Ecole Bleue, de retour à Paris, dont je suis sortie diplômée en architecture d’intérieur, design et graphisme.


J’ai ensuite multiplié, durant plusieurs années, des expériences qui mêlent les univers créatifs et la gastronomie. À travers l’événementiel, en tant que directrice artistique et cheffe de projet, principalement pour des dîners "Explore design for food" avec Belafonte, des supports graphiques pour le Studio Exquisite, une activation [animation] pour Beaupassage, ou encore l’ouverture d’un glacier avec l’agence Akenomy.


Mais très vite j’ai ressenti un vrai manque créatif, le besoin de travailler avec mes mains et d’explorer mes idées, ma vision des choses. Ce qui m’a poussée à retrouver mes crayons, la peinture, essayer des outils digitaux comme l’iPad, et me remettre à dessiner, peindre, finalement sans m’arrêter.


Collaboration Belafonte, Dîner L'Eclaireur, Fleurs Catalina Lainé

Crédit photo © Margot Jumeline


Collaboration Belafonte, Paris Gallery Weekend, Fleurs Catalina Lainé

Crédit photo © Margot Jumeline



Pourquoi “Ligne à plat” ?


C’était un jeu de mot un peu farfelu me permettant de jouer sur plusieurs tableaux. Au moment de la création de mon Instagram, je travaillais avec l’univers culinaire, qui était omniprésent dans mon esprit. J’ai donc voulu que ce soit ma porte d’entrée, pour toucher visuellement le coeur et le ventre des gens avec ce qui me faisait saliver. Tout en sachant que j’allais avec le temps m’ouvrir à différents domaines.


Ainsi la « ligne » représente le trait de dessin. « À plat » est une ambiguïté pouvant évoquer le cheminement de la ligne jusqu’à l’assiette, donc ce qui se mange, mais encore mettre la ligne « à plat », c’est à dire sur une feuille, une toile, ou un support. Je l’écris d’ailleurs maintenant avec l’orthographe « aplat », pour renforcer l’idée de la ligne et la masse, le trait et le plein, sur un registre moins culinaire mais plus artistique.



Crédit photos © : Juliette Lambert



Avec quels outils travailles-tu ? Quel est ton medium d’expression préféré ?


Je travaille principalement sur iPad. Aujourd’hui c’est bluffant la ressemblance, autant visuellement que dans les nuances d’utilisation des outils (crayon, pinceau, peintures, aquarelle, craie …), que nous propose le logiciel.


Bien sûr on perd en partie la dimension sensible, le toucher, la matière, les accidents … C’est pour ça d’ailleurs que, durant mes temps libres, j’alterne souvent avec du papier et des crayons de couleurs ou de la peinture acrylique. Mais l’Ipad me permet de travailler souvent plus vite, et plus précisément, surtout pour répondre à des commandes éditoriales.


Que représente pour toi le repas (symboliquement, socialement, peut-être artistiquement, …) ?


C’est l’instant qui rythme mes journées ! J’ai toujours associé manger à un plaisir. Le plaisir du goût, des odeurs, le plaisir visuel, peut-être même du toucher selon ce qu’on mange, ou le lieu où on le mange. Mais aussi un moment de pause et d’évasion, que l’on soit seul ou bien accompagné (c’est important d’être bien accompagné sinon il vaut mieux être seul pour ne pas y perdre le goût).


Finalement, c’est un moment de partage, ou de recueillement. C’est un geste qui nous remplit, un besoin universel, et un des seuls éléments, d’ailleurs, qui n’est pas qu’un désir mais un véritable besoin, qui nous fait vivre, et si possible bien vivre.


Donc forcément, artistiquement, c’est un sujet inspirant qui traverse le temps car intemporel, et socialement essentiel (le confinement en sait quelque chose).



Crédit photos © : Juliette Lambert



Et le “bien manger”, est-ce quelque chose qui t’anime au quotidien ?


Je suis très sensible au fait de comprendre d'où viennent les choses, comment elles sont faites, à quoi elles ressemblent. Je trouve fascinante, si on l’observe bien, la complexité des formes, des couleurs, des éléments qui constituent un fruit, un légume, une plante, un être vivant. Ce ne sont pas des matières mortes qui nous tiennent en vie, ce sont une richesse qui nous nourrit, et devrait nous émerveiller. Moins on les dénature, plus elles nous le rendent. On a finalement besoin de peu si on respecte ce que nous offre la nature. Et tout ça bien sur grâce au travail des personnes respectueuses de la terre.


Évidemment, j’envisage le bien manger comme essentiel, et les transformations industrielles comme une hérésie. Mais j’ai surtout la chance de pouvoir y accéder et de pouvoir penser de cette manière-là, ce qui n’est malheureusement pas accessible à tous. C’est donc d’après moi important, quand on en a la possibilité, de ne pas fermer les yeux sur ce qu’on consomme et de s’impliquer à mieux respecter à la fois notre terre, nos agriculteurs, artisans, cuisiniers, mais aussi notre corps, pour faire avancer les choses, et rendre justement plus accessible le bien manger à tous.


Des restaurants ou des festivals et événements gastronomiques font-ils appel à toi pour leurs visuels de communication ? Est-ce un type de collaboration que tu aimerais développer ?


Oui j’ai pu dernièrement participer à la publication Printemps 2020 du magazine Regain, réaliser la couverture d’un livre à venir aux Editions Nouriturfu, ainsi qu’illustrer l’étiquette d’une bouteille de spiritueux.


Chaque client et sujet est une nouvelle histoire qui m’embarque dans un nouvel univers, que ce soit dans le domaine de la gastronomie, du lifestyle, des cosmétiques ou culturel. Je suis toujours friande de nouvelles rencontres et projets.



Te laisses-tu inspirer par d’autres disciplines comme l’architecture, le design, le cinéma ou la musique ?


Énormément ! Je me nourris par tout ce que je vois et qui m’entoure, autant l’architecture et le design du fait de mes études, que des expositions, du cinéma, ou de la photographie que je pratique un peu en dilettante. J’observe surtout les détails, les couleurs, les lumières et les matières. Je suis très sensible au contexte dans lequel je me trouve, ce que j’y vois, comment je m’y sens.



Crédit photos © : Juliette Lambert



En plus de ton travail d’illustration, tu écris aussi. Qu’est-ce qui guide ta plume, qu’est-ce que tu as envie de raconter ?


Je n’ai aucune formation ou compétence reconnue dans le domaine, mais j’apprécie particulièrement accompagner mes illustrations d’un texte, d’une phrase ou de quelques mots. Voir est une chose, mais chaque oeuvre est libre à l’interprétation. Avec les mots on crée une histoire, on oriente le regard, on raconte une certaine vérité. C’est une balade qui me permet de poétiser, ou du moins sensibiliser ceux qui lisent et regardent mon travail, à mon histoire, mon point de vue, et de les accompagner.


Où peut-on te suivre, voir ce que tu fais, ce que tu dessines et écris ?


Sur Instagram principalement : 

@juliettelambrt pour mes inspirations et mes e-peintures

@ligneaplat pour ce qui est de l’illustration


Et sur mon site qui regroupe tout mon travail:  

www.juliettelambert.com




Crédit photo s© : Juliette Lambert

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